dimanche, novembre 8

Un héritier silencieux ne peut pas être forcé par le notaire, mais la loi offre des recours

Quand un héritier ne répond plus au notaire, ce dernier ne peut rien imposer : sommation d’opter, administration provisoire ou partage judiciaire existent.

Nathalie Gervais Par Nathalie Gervais
Une personne assise à un bureau tient un stylo au-dessus de plusieurs feuilles de papier.
Consultation et signature de documents juridiques et administratifs sur un bureau de travail.

En bref

  • Le notaire ne peut pas contraindre un héritier à signer ; les autres héritiers doivent agir eux-mêmes.
  • La sommation d’opter laisse deux mois à l’héritier silencieux pour accepter ou renoncer.
  • En dernier recours, le tribunal judiciaire peut ordonner un partage judiciaire ou désigner un mandataire.
  • Chaque indivisaire peut seul protéger les biens indivis, par exemple réparer la toiture ou maintenir l’assurance.

Sur le forum de Droit-Finances, un internaute a raconté le 31 juillet que la succession de son père, ouverte en juin 2023, piétine : ils sont quatre héritiers et l’un d’eux n’a signé aucun document malgré les relances. Le notaire, lui, ne semble pas pouvoir avancer. Ce constat est exact : il ne dispose pas du pouvoir légal de forcer un membre de la famille à signer contre son gré, comme le rappelle 60 Millions à propos du rôle de cet officier ministériel dans les dossiers de succession. Ce sont donc les autres héritiers qui doivent prendre l’initiative.

Pourquoi un héritier se tait, et ce que coûte le retard

Boursorama cite plusieurs raisons possibles d’absence : un conflit familial, des incertitudes sur des dettes ou des biens cachés, le rejet du projet de partage, la volonté de jouer la montre, l’incapacité ou le simple désintérêt. Droit-Finances ajoute les désaccords sur l’évaluation des biens immobiliers et les soupçons de donations occultes.

Le temps joue contre tous. La déclaration de succession doit être déposée dans les six mois après le décès ; en cas de retard, le fisc applique des pénalités et des intérêts de retard, qui s’imputent sur l’ensemble de la masse successorale. Pendant ce temps, les biens restent dans l’indivision, avec des charges d’entretien, des taxes et des risques de dégradation.

Débloquer sans procès

La première étape est amiable : un médiateur, ou une réunion d’explication organisée par le notaire, afin de désamorcer le conflit. Si c’est le notaire qui tarde à répondre, 60 Millions conseille un courrier recommandé avec accusé de réception, puis la chambre départementale des notaires (gratuite), puis le médiateur du notariat, également gratuit, que l’on dispose d’un an pour saisir. Nicolas Bosquet, notaire et délégué à la communication de la chambre interdépartementale de la cour d’appel de Rennes, décrit ainsi la procédure : « Nous prenons contact avec le notaire mis en cause. Il a quinze jours pour répondre. »

689 sur 1 410réclamations reçues en 2022 par le médiateur du notariat portant sur des successions

Pendant l’attente, rien n’interdit d’agir. Chaque indivisaire peut prendre seul les mesures nécessaires à la conservation des biens (toiture, assurance), et il lui en sera tenu compte au partage, d’où l’intérêt de garder les factures, précise Village-justice. Selon Boursorama, les actes de gestion courante peuvent aussi être décidés à la majorité des deux tiers des droits indivis.

Forcer l’héritier à choisir

Si le silence persiste, la sommation d’opter oblige l’héritier à prendre parti. Selon Village-justice, elle suit une séquence précise :

  1. Quatre mois après le décès, un cohéritier peut faire délivrer la sommation par acte de commissaire de justice (article 771 du Code civil).
  2. L’héritier sommé dispose de deux mois pour accepter, renoncer ou demander un délai.
  3. Sans réponse dans ce délai, il est réputé acceptant pur et simple et ne peut plus renoncer (article 772).

Cette acceptation lui fait perdre la possibilité de se retirer, mais elle débloque la procédure : le silence cesse de bloquer le dossier.

Les recours judiciaires comparés

Quand la voie amiable et la sommation ne suffisent pas, plusieurs actions devant le tribunal judiciaire existent.

Recours Principe
Partage judiciaire Le juge ordonne le partage, par un notaire désigné, éventuellement avec un expert et un mandataire successoral.
Administration provisoire En cas d’inertie, de carence ou de faute des héritiers, de mésentente ou de complexité, le juge confie la succession à une personne qualifiée ; le jugement fixe durée et rémunération (article 813-1).
Vente autorisée Depuis le 9 avril 2026, la loi n° 2026-248 du 7 avril 2026 permet au président du tribunal judiciaire d’autoriser un indivisaire, même minoritaire, à vendre seul un bien indivis, sous réserve de démontrer urgence et intérêt commun.
Licitation judiciaire Réservée aux indivisaires détenant au moins deux tiers des droits, après déclaration d’intention devant notaire signifiée dans le mois, puis procès-verbal du notaire en cas d’opposition ou de silence pendant trois mois.

Boursorama évoque aussi une action pour abus de droit ou en responsabilité civile contre un héritier au comportement abusif. Aucune de ces démarches ne garantit un délai précis de déblocage.

Photo : Mikhail Nilov / Pexels